traditional-ayurvedic-center.com

Un lecteur m’a adressé ce mail: «Depuis plus d’un an je participais à un cours de yoga très sympathique et qui m’apportait par la bonne ambiance et par les exercices; au même titre que j’ai participé auparavant à un groupe cycliste. Je voulais acquérir aussi une bonne hygiène dans ma nourriture et j’ai découvert alors votre site sur l’ayurvéda. Et j’ai été surpris de lire dans vos textes que le yoga est autre chose et plus que ce que je connaissais auparavant mais il se relierait à une hygiène générale qui comprend plusieurs techniques, la méditation et même une philosophie à plusieurs niveaux qui me parle un peu sans que j’ai encore bien compris ce que je pourrais y découvrir. Pouvez-vous me conseiller et me guider davantage ?».

D’abord, ce mail m’a réjoui et a éveillé immédiatement en moi deux échos des traditions les plus antiques:
- le premier est ce commentaire de Rachi, au 11e siècle et le plus célèbre commentateur de la Torah et de la Bible qui éclaire par ces mots brefs l’injonction de Dieu à Avraham: «Lékh lékha (Béréchite, Genèse 12,1) ‘léhanaatékha oulétovatékha, ce qui veut dire : Va vers toi-même... pour ton bonheur et ton plaisir et pour ton bien». En effet, c’est une grande joie de faire cette expérience que quelqu’un a l’intention de continuer sa recherche et de savoir que la voie qu’il a empruntée est celle qui est bonne pour lui et qu’elle le mène vers son bonheur car il entend en lui-même sa propre voix et sa propre voie qui est celle-là. Et qu’il a saisi globalement cet ensemble déjà en soi-même et qu’il trouve déjà la suite du cheminement.
- le second écho m’a rappelé ce 12e verset merveilleux de Siva Sutra, de Vasugupta, célèbre auteur du 8e siècle du Shivaisme non dualiste du Cachemire: «Vismayo yogabhûmikâh, les réalisations du yogi (celui qui a progressé dans le vrai yoga) sont étonnantes». Ce texte témoigne de l’enthousiasme qu’éprouve celui qui avance selon sa vérité intérieure et qui sait trouver les aides pour cela.

Ensuite, je vous conforte dans ce que vous avez compris et comme vous le voyez, respectueuse de votre parcours et de votre savoir je vous apporte les références précises des sources pour la suite de votre formation que vous sollicitez.

Un ouvrage traite précisément de votre demande et apporte la réponse que vous pensez envers cette découverte que vous parvenez à formuler avec moi: la complémentarité indispensable de ces techniques (yoga, nourriture de l’ayurvéda, méditation, etc.) que j’expose sur mon site. Cet ouvrage qui explique cela, du 15e siècle est le Hatha Yoga Pradipika, de Svatmarama. Il est reconnu comme l’un des 4 livres qui rapportent au mieux la tradition séculaire sur le Hatha Yoga et il expose justement les erreurs que commettent parfois des praticiens du yoga et il formule les conseils sur ce qu’il faut prendre en considération en ce domaine. Je cite seulement les 3 premiers versets du chapitre 2 consacré à la respiration qui nous concerne et que vous pourrez trouver par vous-même sur le Net: cliquez ici

On ne peut pas trouver plus clairement exprimé et développé dans beaucoup de versets cette interdépendance totale de la nourriture adaptée au corps (ayurvéda), de la psychologie des passions, des postures du yoga, de la respiration, de la relation de formation avec le maître (le gourou ou guru) pour l’efficacité sur les différents plans de l’être de la personne, et même pour le développement de la vie.

Cette étape étant claire maintenant, nous pouvons aussi prolonger le développement dont vous pressentez le parcours et découvrir que cette interdépendance complémentaire des composantes ne concerne pas des techniques mais est une caractéristique de la vie à tel point que les langues anciennes se sont constituées en reliant les sens divers à l'intérieur d’un seul mot nouveau.


Dans l’hébreu, l’interaction du sens de chaque lettre est essentielle à la compréhension complète du mot; dans des langues très graphiques comme le chinois c’est l’interaction des sens partiels du graphisme qui produit aussi des compléments de message pour l’interlocuteur. Etc. Ces langues très antiques sont maintenant rares mais le sanskrit est encore l’une d’elles (comme l’hébreu) et elle transmet ainsi constamment cette conscience interne du sens composé. Cela, contrairement au français et aux langues occidentales modernes où, souvent, l’origine du mot est oubliée par les locuteurs: et cela bien que ces langues occidentales comportent pourtant quelques composantes des langues anciennes (car le sanskrit, par exemple, a eu une grande influence sur les langues occidentales). Je donne un exemple: «comprendre» est entendu habituellement comme la seule saisie d’un sens mais le mot latin à l’origine est composé de deux sens: «prendre-avec» ou, en anglais «se tenir sous». De même, le mot «religion» veut pour la plupart dire en Occident la croyance envers une divinité et les rites qui en découlent, alors que le mot latin indique que religion est une activité intellectuelle qui «relie» le sens de l’ensemble des existants. Le débat «religion-laïcité» apparaît alors comme un compréhension très limitée et très pauvre et on peut même soutenir que la laïcité devient ainsi une autre forme de religion.
Cela étant compris, revenons à ce que la civilisation sanskrite qui a accouché de ces dimensions vitales complémentaires et des techniques qui l’expriment, comment cette civilisation entretient cette ouverture d’esprit chez ceux qui la parlent et la lisent; et surtout qui le vivent à travers ces techniques quotidiennes du yoga, de l’ayurvéda, de la méditation, etc. Et cela élargira encore vitalement votre désir.





Importance du mot composé dans le sanskrit

Les mots du sanskrit (qui donc meuvent la vie de ceux qui le parlent ou le prient) ne sont pas seulement des listes indépendantes statiques mais bien souvent ils se composent de deux ou plusieurs autres mots pour intégrer divers dynamiques internes qui sont un peu présentes dans ces mots intégrés alors. On appelle ce phénomène un «samâsa», ce qui veut dire une contraction de plus sens; ainsi le mot arbre se dira «il boit avec le pied» pâdapah. Ce n’est plus une descripton ni un concept mais c’est la nomination d’une activité vivante. Passage difficile et non naturel pour des Occidentaux qui mettent toujours en avant la pensée logique et abstraite (Le «Je pense donc je suis» de Descartes qui fit bien rire les Sages des peuples orientaux qui ont une pensée bien plus existentielle!).
Grammaticalement ce «samâsa» comporte beaucoup de modèles de composition qui peuvent certes intéresser les linguistes (mots à même base ou dvandva, mots de sens proches ou différents, etc) mais l’apprentissage du sanskrit est facilité par cette curiosité vivante. Il est clair que ce besoin de vie dans la pensée et dans la langue incite les peuples occidentaux à la réintroduire par l’argot ou le slang.
Ce phénomène est largement décrit dans les ouvrages linguistiques de La grammaire sanskrite de Renou et celle de Vasundhara Filliozat et les ouvrages de Pierre-Sylvain Filliozat.

Il est mis en action par l’importance de la sensibilité de la déclinaison dans le sanskrit

J’attire votre attention sur un autre phénomène important de la langue d’action et non plus de pensée ni de définition. Contrairement au français ou à l’anglais, par exemple, le sanskrit décline les pronoms personnels et beaucoup de mots. Le français dira «par moi, à moi, pour moi, etc» mais le sanskrit, chaque fois modifiera le mot «moi» quand il sera l’un de ces sens, ou sujet ou interpellation, ou pour indiquer où je suis, etc. Cela donne une conscience mobile continue, une conscience de changement et d’interrelation avec l’environnement et avec des dimensions intérieures différentes et nombreuses. Vous comprenez alors pourquoi il est clair que tout ce qui contribue au développement personnel est en interrelation, même si cela n’est pas constamment rappelé, car la langue elle-même relie constamment.
On comprend, à partir de là, combien les Indiens sont stupéfaits de l’utilisation simplement en technique séparée des cours de yoga en particulier dans le monde occidental. Ils y voient une aberration, une tromperie, une ignorance, même si ces techniques dévoyées traduisent un réel besoin.

Pour bien vous sensibiliser à cette variation continue je vais vous transmettre des exemples que je prends dans la Bhagavad Gita en choisissant justement le mot du «Moi», terme qui peut sembler celui d’un dictionnaire de psychologie tant que quelqu’un ne s’est pas occupé d’entendre qui est ce «moi personnel si variable».

Le «moi», sujet de la phrase

- Le mot «moi» ou «je» se dit «asmad» quand il n’est pas en action mais se situe par exemple dans un dictionnaire ou un glossaire. Mais quand il devient le sujet de l’action (nominatif; prathamâ), il change et se dit «aham». Exemple dans la Bhagavad Gita 4,7 : «je me manifeste (srjâmu aham) chaque fois qu’il y a une chute de niveau moral dans le monde».

Le mot «moi» ou «je» se dit «» ou «mâm» quand il est complément d’objet direct (accusatif; «dvitiyâ»). Exemple dans la Bhagavad Gita 18,55 : «seule la dévotion permet de Me (mâm) connaître tel que Je suis...».

- Le mot «moi» ou «je» se dit «mayâ» quand il est action (instrumental, «trtîya»). Exemple dans la Bhagavad Gita 4,10 : «dépourvus de l’attachement, de la peur, de la colère, étant pleinement en Moi (mayâ), ils ont été nombreux ceux qui atteignirent un amour absolu «pour Moi (mat)».

- Ce «pour Moi (mat)» est un autre cas dit ablatif ou pancamî.

- Le mot «moi» ou «je» se dit «mahyam ou me» quand il est appartenance à (datif, «caturthi»). Exemple dans la Bhagavad Gita 4,6 : «Celui qui connaît la nature transcendentale qui est à Moi «me» dans Mon apparence ou dans Mes activités n’aura pas besoin quand il mourra de renaître à nouveau dans ce monde matériel mais il a atteint mon royaume éternel».

- Le mot «moi» ou «je» se dit «mama ou me» quand il est appartenance à (génitif, «sasthi»). Exemple dans la Bhagavad Gita 4,6 : «la forme que tu as vue qui est de Moi (mama)».

- Le mot «moi» ou «je» se dit «mayi» quand il indique la localisation (forme: «saptami»). Exemple dans la Bhagavad Gita 3,30 : «C’est à Moi (mayi) que tu consacres tous tes actes».

La liaison de plusieurs mots ensemble

Nous avançons dans la certitude que les dimensions de ces techniques sont donc en relation, comme tout ce qui fait partie de cette civilisation humaine découverte et mise en forme par les traditions indiennes.
Et il y a un phénomène encore plus saisissant de cette nécessité existentielle absolue: c’est la liaison de plusieurs mots ensemble ou même des mots de toute une phrase pour bien traduire toute la complémentarité vivante de chacun et de tous ces termes indissociables.

Voici un simple exemple où toute une phrase est reliée sans espace entre les mots. C’ est en Yoga Sutra 2,29

Voici le texte intégral tel qu’il est toujours imprimé dans l’interrelation totale pour la compréhension: yamaniyamâsanaprânâyâmapratyâhâradhâranâdhyânasamâdhayostâvangâni

Et voici le texte intégral mais à l’européenne où le sens de chaque mot est isolé des autres:
yama (self contrôle) niyama (lois) âsana (posture) prânâyâma (régulation de la respiration) pratyâhâra (retrait des sens) dhâranâ (concentration) dhyâna (méditation) samâdhaya (conscience extrême) stâv (8) angâni (membres).
Il est clair (!) que cette liste séparée n’a pas sens alors que la volonté de transmettre le message de la liaison réciproque effective et intense de tous ces termes en communication comme les membres d’un corps le sont, est tout autre chose.
Ainsi de ce qui concerne votre question initiale: ou bien mise en relation des termes entre yoga, ayurvéda, méditation, etc. ou bien liste et activités sans relation. C’est alors un non-sens total dans la conception indienne de ces activités, des corps morts. Et, alors, très bizarre quand il s’agit de vivre mieux... et selon l’excellence de l’apport de la tradition indienne, et en contradiction totale avec ses enseignements et ses textes.


Conclusion

On comprend alors combien ce monde et ses textes indiens sont attentionnés envers la relation (à soi-même, à l’autre et au Créateur en présence constante). C’est aussi la civilisation qui est parvenue le plus à recueillir et à transmettre ses apports les plus antiques. Expérimente qui veut, mais sans fausser et avec des personnes qui ont reçu la tradition et non seulement qui connaissent les seules postures ou des seules règles générales de diète.

Le judaïsme nomme qabim (Talmud Qidouchine 46b) ce don spécifique que chaque peuple a reçu dans l’acte de Création et que tous doivent apprécier.




Comme il est écrit dans Chandogyopanishad, l’un des Upanishad les plus anciens, un humain peut vivre sans œil, oreille, jambe, etc mais pas sans souffle ni nourriture car la vie y est intégralement et en dépend intégralement. C’est l’énergie vitale (prana) ou la force vitale qui y est présente.
La distribution et régulation de cette prana se réalise dans toutes les parties du corps et de notre être et dans tous les circuits (nadis) et directions et cycles. Cela se nomme ayama.
La pratique de l’amélioration consciente et raffinée progressivement de cela se nomme «pranayama», mot composé comme nous le savons maintenant. C’est donc beaucoup plus que d’apprendre quelques postures (asana) de respiration. L’apprentissage de ces postures est indispensable mais elles ne peuvent parvenir à leur but qui est le calme et la fluidité que sous le guidage d’un vrai maître qui connaît les étapes et les objectifs globaux et la pédagogie de ce parcours jusqu’à la stabilité holistique.

Mais, de plus, respiration et ayurvéda sont liés en cette étape car la respiration optimale et les exercices ou asanas doivent impérativement tenir compte préalablement de la structure particulière de cet humain et cela se découvre par le diagnostic réalisé par le maître ou guru en ayurvéda et qui porte sur de nombreuses dimensions (rythmes de vie, d’activités, de sommeil, type de nourriture, tension, pouls, yeux, langue, divers non-balancements ou kleshas entre les différentes formes de prana comme tejas et ojas, fragilités, régulations, pathologies, etc). Seulement après ce diagnostic et après la régulation des déficiences, on peut utiliser sans danger telle ou telle méthode d’exercices de respiration yogique sans péril.

Les textes sont clairs, sûrs et impératifs là-dessus, ils appellent cela la purification préalable du corps (Hatha Yoga Pradipika 2,4: «quand les nadis ou multiples canaux internes, sont encombrés par les impuretés, la respiration ne peut pas pénétrer au milieu de cela et alors comment le but pourrait-il être atteint» et en 2,15-16 il est dit que «comme pour le dressage de tigre ou lion, le contrôle se réalise pas à pas, sinon cela tue le dresseur; un pranayama correct affaiblit toutes les maladies mais une pratique inadéquate du yoga renforcera toutes ces maladies»; voir aussi Guérunda Samhita 5,35; Goraksha Paddati 1,95; Shiva Samhita 3,27. Et Patanjali dans Yoga Sutra 2,5 met en garde contre les effets destructeurs de ces méconnaissances. Par contre, l’attention sûre, calme et fixe à tout cela depuis le physique juqu’aux autres plans il y voit le vrai yoga et nomme cette attitude Dhârana. C’est une connaissance (jnana) qui coule avec justesse et cela est décrit comme jnanaswarupa, Brahman, akasa, amritha l’océan, samadhi. C’est là le rôle indispensable de base et continu de l’ayurvéda. Patanjali l’incontesté le précise en Yoga Sutra 4,1: «janma, aushadhi (plantes médicinales, herbes,etc), mantra, tapah, samâdhijâh, siddhayah» et va jusqu’à y nommer l’état de siddhi proche de la perfection.

Et, seulement après cela, on parvient aux bénéfices de ces techniques qui améliorent la respiration devenant aussi libérée de tensions. On dit que l’activité pranique a été régulée. C’est bien loin de la seule participation à un groupe de postures de yoga. Car chaque posture a ses indications et ses contre-indications en fonction du sujet et de son étape de développement. L’arrivée à cette étape est nécessaire dans une cure d’ayurvéda mais après le diagnostic et en parallèle à la régulation de la nourriture qui n’est pas non plus réduite à des cours sur les produits diététiques. C’est la réussite de la santé sous toutes ses formes qui est en jeu. Notre logo exprime et résume un peu tout cela.

Mais laissons mieux dire cet objectif idéal par la Bhagavad Gita 5,16:
«Quand par la vraie conscience (djnânena), la ténèbre de l’ignorance (ajnânam) est détruite (nâshinam) dans tout l’être, elle révèle tout le meilleur (prakâshayati tat param) à la façon du soleil qui illumine toute chose quand vient le jour (âditya-vat).





Les quatre temps de la respiration

- puraka: aspiration, inspiration
- abhyantara Kumbhaka: la pause après l’inspiration
- rechaka: la sortie du souffle, exhalation
- bahya Kumbhaka: la pause après le vide de l’expulsion du souffle, after exhaling.

Glossaire des ressentis positifs habituels au cours de ces exercices et qui subsistent

- anusaswami: discipline
- ayama: distribution et expansion de l’énergie
- dharana: concentration
- ékatânata: concentration
- kaïvala: expansion libérée
- kundalini: énergie divine dans notre corps
- niruddha: contrôle de l’esprit
- prakriti shakti: énergie naturelle
- prana: force vitale
- pranayama: contrôle de l’énergie par la respiration
- purusha shakti: énergie de l’âme
- samadhi: épanouissement apaisé et tranquille
- samayana: intégration des différentes dimensions et composantes
- santosha: contentement
- satya: réalité
- shakti: énergie vitale

et quelques ressentis négatifs qui peuvent être éprouvés

- kalabati: respiration rapide
- klesha: tristesse
- ksipta: distraction
- shvasa-prashhvasa: instabilité

 

 
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